Quelques scénarios qui font écho à notre temps... (V pour Vendetta, Star Wars, Spectre, FF7, Skyrim, MGS4)

Publié le par MrChatNoir

Bon après une longue période de pause - conséquence de l'actualité - je me décide à reprendre du service. L'affect est sans doute le grand ennemi du penseur : sans tenir à lui est l'origine de bien des erreurs mais pourtant impossible de ne pas en partir. Difficile de passer outre ce dilemne. Il m'a néanmoins semblé qu'en ces temps troublés, quelques oeuvres (films, jeux video) permettaient de penser notre époque. Attention spoiler !

"Mais c'est pas légal ça !!!"

"Mais c'est pas légal ça !!!"

Souffrir est une chose horrible de ce que la souffrance reste spontanément sans pourquoi. C'est à nous d'en trouver la cause et rien ne nous garanrti que nous ne nous fourvoyons pas. Notre époque en pleine crise : comprendre ce qui s'y trame, ce dont nous partons et ce vers quoi nous allons demeure délicat.

A ce sujet, il est facilement répété que l'art possèderait la faculté de nous éclairer sur notre monde. Notre époque semble définitivement marquée par le contraste qu'elle nous offre entre la complexité d'une réalité ubuesque qui ne laisse d'être rétors à toute interprétation et des productions artistiques de plus en plus dévoilante, quit à en perdre la densité nécessaire de l'oeuvre, son opacité. Je vais parler ici de ces quelques oeuvres remplissant cette fonction explicitante, parfois jusqu'à la caricature....

l'art nous dit quelque chose de notre temps

l'art nous dit quelque chose de notre temps

Le classique : V pour vendetta

 

Le comic d'Alan Moore peint un univers uchronique où la société anglaise s'est vue sombrer dans un régime totalitaire. Il incarne d'une certaine manière le degré zero des oeuvres prémonitoires qui font l'objet de cet article. En effet, V pour Vendetta s'inscrit pleinement dans la tradition des dystopies nées de la science fiction faisant du futur un régime totalitaire généralisé.

Cette veine apparaît avec Le meilleur des mondes (Brave New World) de Huxley. Pour ce dernier, les sociétés modernes reposant sur la pacification et l'échange économique vont nécessairement rencontrer en même temps que l'enrichissement une croissance démographique considérable. Dans un monde de plus en plus resseré où de plus en plsu d'humains vivent sans rien réellement posséder, où les inégalités ne cessent de croître, il va nécessairement falloir qu'un régime canalise toutes les tensions afin d'éviter le chaos sans cesse menaçant. Le génie d'Huxley est non seulement d'avoir prédit que le futur serait fascisant mais surtout qu'il répondrait d'une toute nouvelle forme de totalitarisme. Loin de s'établir par la répression et la promulgation d'un dogme idéologique perçu comme véritablement primaire et contre-productif par Huxley, ce nouveau fascisme procèderait par une idée chère aux structuralistes : la prodction des désirs. Un totalitarisme qui s'occuperait de gérer ses populations par la douceur en générant leur consentement au régime. Il procèderait par l'organisation du divertissement de masse et la promotion des plaisirs. Nous serions alors noyé dans l'illusion de la liberté et chercherions inutilement une vaine émancipation dans le jeu de la consommation. Cette conception a énormément influencé une partie des structuralistes (Deleuze, Foucault) qui ont cherché à penser le totalitarisme en dehors de la dichotomie répression / idéologie.

Face à cette vision paradoxalement "utopiste" de la dystopie, le disciple de Huxley, George Orwell va dresser un portrait plus traditionnel du totalitarisme à venir. 1984 dessine un univers dominé par la censure et la répression des individus. Il s'agit de redessiner sans arrêt le champ du savoir afin de modeler les esprit et conditionner par la force leur assentiment au pouvoir. Toute divergence dans les idées ou dans les pratiques avec la ligne officielle du super Etat est sévérement réprimé.

C'est de cette seconde vision plus traditionnelle du totalitarisme que se déploie V pour Vendetta. De manière classique, l'oeuvre de Moore reprend l'idée que le véritable ennemi est intérieur. Le fascisme utilise nos peurs pour nous gouverner. Aussi sommes-nous notre propre ennemi : il ne tient qu'à nous de reprendre le dessus sur nos craintes.

L'omniprésence du totalitarisme constitue tout en même temps son immense précarité. L'individualisme s'impose comme une sortie naturelle. C'est par la décision anarchique de tout à chacun de ne plus souscrire au règne de la peur qu'il trouve immédiate dissolution.

le totalitarisme appelle-t-il nécessairement la répression et la force ?

le totalitarisme appelle-t-il nécessairement la répression et la force ?

Star Wars (premier cycle) : la mort de la République

 

Même si souffrant de plein de défauts (narration naïve, personnages peu intéressants, intrigue assez simple) la première trilogie Star Wars possède l'avantage, (plus que les épisodes IV, V, VI) de peindre un contexte politique similaire au nôtre. Elle s'inspire aussi bien de la mort de la République romaine que de la déchéance de la république de Weimar à la veille du IIIème Reich ou encore de la guerre de sécession américaine. Elle a donc pour but de montrer comment nos sociétés modernes dîtes "démocratiques", sociétés qui ont placé la liberté individuelle au centre de leur univers, peuvent rapidement glisser dans une dictature voire un totalitarisme.

 

Ah les parlementaires : sexe, drogue, et corruption

Ah les parlementaires : sexe, drogue, et corruption

L'interprétation qu'en donne Lucas de ce glissement demeure très intéressante même si simpliste : ce sont les lobbies marchands qui ont puy fructifier par la république qui commençant à buter sur les limites de cette république, en viennent à la contester.

L'arrivée au pouvoir de Palpatine et donc du côté obscure s'opère par un mouvement dialectique qui utilisant les désordre des sécesssionistes légitime une force de répression au service de la République qu'il s'agit de sauver. Le moteur de la déchéance reste donc la concupiscence et la corruption à laquelle elle conduit. Née de l'argent, elle meurt par l'argent.

Or, pour comprendre pleinement l'interprétation de Lucas, il faut envisager qu'il existe deux modalités de destruction du pouvoir républicain. D'abord la modalité cessessioniste, c'est le choix de Lucas. Elle est la plus basique : la république se trouve directement menacée par les lobbies marchands et les grandes firmes qui se dotent progressivement d'armées privées pour renverser le pouvoir. L'empire consacre la défaite de ces armées privées.

Mais il existe face à cette possibilité, une autre, la modalité nihiliste. Elle est, elle, indirecte voire larvée. La montée du mercantilisme produit des effets toujours plus importants sur la société : elle déconstruit (au mauvais sens du terme) progressivement tous ces cadres, détruit toutes ses valeurs. Dans cette modalité, loin de s'opposer au cadre étatique, le lobbie marchand s'en accomode très bien, puisqu'il utilise les institutions de la république pour servir ses intérêts. Ceci impliquant progressivement le démantellement de toutes les lois et instances qui freinent la possibilité du profit. Cette logique dessine un homme délivré de toute attache puisque complètement asservi au  à la loi du marché (notamment celui du travail), ce que d'aucun qualifierait d'homme déraciné.

La résistance à cette déshumanisation se manifeste par des symptômes toujours plus différents : montée dess extrèmismes politiques, abstentionnisme, terrorisme, radicalisation religieuse, anarchisme, sociopathie, folies collectives, comportements violents etc. qui mettent atteinte à la République. Le passage a un régime totalitaire a pour but  d'exterminer ces symptômes. Maintenir ce régime revient donc également à produire du symptôme pour continuer de le légitimer : c'est la logique du bouc émissaire.

"Si vous n'avez rien a cacher, vous n'avez rien à craindre !"

"Si vous n'avez rien a cacher, vous n'avez rien à craindre !"

Notre situation présente se rapproche plus de la seconde modalité et donc s'éloigne de la descrition envisagée par Star Wars. Mais rien ne dit que cette porte ne peut à nouveau s'ouvrir : imaginons que sous n'importe quel pression l'Etat trouve la force de réimposer ses prérogatives officielles (ce que l'on peut pointer sous le terme d'intérêt commun) contre les influences mercantiles et les intérêts privés, il est fort possible que la révolte libérale s'affirme à découvert.

Par ailleurs, Palpatine n'est pas un pur politique isolé qui préserveraait les intérêts de la république et donc du grand nombre : il incarne le sintérêts d'une classe, d'un groupe économique, qui se sert des institutions pour détruire ses concurrents.

"Quand j'entends parler de culture, je sors mon revolver"

"Quand j'entends parler de culture, je sors mon revolver"

S.P.E.C.T.R.E. : le businessman, ce méchant !

 

Le dernier James Bond, SPECTRE, clotûre le cycle ouvert par Daniel Graig. Ce cycle reste-il fidèle à l'univers de Ian Fleming ? Vaste question... Il fut présenté comme un retour au source. Les romans de Fleming avaient su se faire remarquer par la transition d'un ennemi typiquement soviétique (contexte guerre froide oblige) vers la figure du capital. Ernst Stravo Blofeld (Christoph Waltz) représente cette main mise de la finance sur le monde. A la tête d'un cercle trè. s fermé multi-millionaires composant la plus puissante organisation criminelle internationale, il agit comme le double négatif de Bond, sorte de Némésis, qui s'est amusé à détruire ce qu'il bâtissait.

L'intérêt de ce scénario réside, par rapport à Star Wars, en ce que le film envisagerait une sorte de troisième modalité pour tracer la fin d'une république. Il s'agirait d'une sorte de modalité nihiliste active. Loin de créer malgré lui des symptômes  et des tensions, le libéralisme opèrerait sciemment  la production de ces perturbations à la fin d'asseoir ses intérêts : le totalitarisme est lui-même un business !

Le Baron Samedi ?

Le Baron Samedi ?

En effet, dans un monde où le numérique s'installe de plus en plus comme la nécessaire charnière entre toute chose (objets connectés, fichage, identité numérique, géolocalisation, omniprésence de la communication, videosurveillance etc.) qui contrôle le numerique contrôle le monde. La collecte des données constitue un enjeux économique majeur de notre temps : là réside le succès de firmes comme Google ou Facebook.

Puisque les Etats modernes cèdent de plus en plus à la loi du marché et mettent de moins en moins de limites à l'entreprenariat, ils ont de moins en moins de possibilité d'agir sans avoir recours à des entreprises privées. Ce qui peut paraître bénin lorsqu'il s'agit de construire des bâtiments ou d'assurer des services publics (ce qui ne l'est en vérité absolument pas) devient bien embarassant lorsqu'il s'agit de la sécurité nationale.

D'un côté, l'organisation criminelle de Blofeld, SPECTRE, finance des groupes terroristes (voire organise des attentats) pour produire un maximum d'insécurité. De l'autre, il négocie avec l'Etat anglais un système de surveillance de masse, lui offrant intrinsèquement accès à toutes les informations récoltées, qu'il pourra non seulement filtrer mais aussi revendre. Le businessman produit lui-même le chaos pour vendre de l'ordre et assurer sa maîtrise du marché. Nous ne sommes pas loin de nombre de thèses complotistes. Pourtant, est-ce véritablement un complot ? Le libéralisme n'est pas comme nous voudrions le croire l'ennemi du totalitarisme, mais le totalitarisme pourrait se comprendre comme un mode du libéralisme, une phase qu'il se donne. Un moyen qu'il adopte lorsque le réel semble s'opposer à la perpétuation de sa logique.

SPECTRE de Marx ou SPECTRE du capital ?

SPECTRE de Marx ou SPECTRE du capital ?

Metal Gear Solid IV : le marché s'accomplit par la gestion de la guerre

 

De SPECTRE nous dérivons naturellement vers un jeu video, Metal Gear Solid IV (MGS IV). Si l'opus n'est pas le meilleur de la série, il offre néanmoins une vision très intéressante de l'avenir (ou une alternative à notre présent, le jeu pouvant s'apprécier comme uchronique), vision se comprenant comme la réalisation des démêlés géopolitiques ouverts après la seconde guerre mondiale et la guerre froide.

La question au coeur de la série des MGS, celle qui est à la source de toutes les autres intrigues est sans doute celle-ci : dans un monde de plus en plus déshumanisé, où l'humain est réduit à n'être qu'un pion, qu'un rouage administratif, qu'un vague automate aveugle et insensible, comment redonner une place à l'homme ?  C'est finalement le problème de la modernité en elle-même puisque celle-ci est le fruit du mercantilisme. Et si Big Boss est un personnage tragique, peut-être plus intéressant que Solid Snake, c'est parce qu'il va chercher désespérément à redonner une place à l'Homme, retrouver une immanence perdue, redonner une efficience aux actes et au libre-arbitre. Il est celui qui se doit d'incarner la fonction héros dans un monde qui n'en veut plus.

 

MGS IV est un jeu dont le héros a mal vieilli

MGS IV est un jeu dont le héros a mal vieilli

Il ne s'agit nullement de s'intéresser au scénario de MGS IV, bien trop complexe et alambiqué, pour nos propos mais à un élément précis du background dans lequel se déroule l'histoire. Dans un futur récent les conflits armés se sont généralisés. Loin de sombrer dans un vaste chaos, le monde reste ordonné et d'une certaine manière sécurisé car il est régi par un système global - le système des Patriotes - qui par une surveillance de masse contrôle toute la société. Or, puisque le marché génère des tensions et du conflit, assurer l'ordre et perpétuer le marché (ce que j'appelle bien maladroitement le libéralisme) va donc consister à gérer les conflits.

D'e ce point de vue, MGS IV serait une radicalistion de  SPECTRE. On produit de la violence pour pouvoir continuer de pouvoir la réprimander et asseoir notre pouvoir. Il y  a deux camps qui s'affrontent ou bien des armées de mercenaires vendant leur service aux sociétés modernes ou aux différents pouvoirs établis. Ou des rebelles qui subissent les contradictions du libéralisme et se révoltent. Mais dans les deux cas, les deux armées demeurent sous le contrôle total des grandes firmes ou groupes financiers (et donc du système des Patriotes) qui leur vendent les armes.

 

MGS IV ou la soumission  totale du soldat au marché !

MGS IV ou la soumission totale du soldat au marché !

Le contrôle total de la guerre est rendu possible par l'avénement de la nanotechnologie. Chaque soldat est désormais obligé pour faire la guerre de posséder une "identité"  , c'est-à-dire de recevoir de la nanotechnologie en lui qui a pour but de transmettre constamment des information sur lui et ainsi de le "marquer". Cette ID va en effet donner accès à :

- l'usage d'une arme. Les armes sont désormais verrouillées et seul les individus autorisés peuvent les utiliser. Généralement, une seule personne  est autorisée a user d'une arme.

- l'amélioration physique et psychologique des soldats. Elle agit sur les émotions réduit leur peur et augmente leurs sens donc leur accuité.

- La surveillance constante et totale de chaque soldat et donc uen vue inégalée de ce qui se passe sur le champ de bataille par le commandement voire par les agences d'armement.

- Une coopération intuitive et immédiate entre soldats qui savent exactement où se trouvent leurs camarades et ce qu'ils perçoivent. Ils agissent finalement comme s'ils n'étaient qu'un seule unité.

 

t'as de belles fesses tu sais !

t'as de belles fesses tu sais !

Finalement si MGS IV représente un rang au dessus dans l'établissement du totalitarisme par le marché tel que SPECTRE l'avait formulé,  c'est un raison d'un mouvement dialectique par lequel, prenant conscience que la production du conflit lui était inhérente, le libéralisme non content de le provoquer sporadiquement de manière consciente, s'installait dans un état de guerre perpétuelle qu'il lui fallait gérer et rendre viable avec la loi du marché. Le nouveau totalitarisme loin d'assurer un ordre stable et pacifié en vue de la sécurité et de la pérénité des échanges doit au contraire s'appéhender comme un système se donnant pour tâche la gestion du chaos et des pertes.

Là où Kant annonçait que l'augmentation des échanges internationaux signerait les conditions d'une paix perpétuelle, Kojima voit tout au contraire dans l'avènement du totalitarisme et de la mondialisation la réalisation d'une guerre perpétuelle.

MGS IV est aussi une histoire de clonage ayant mal tourné

MGS IV est aussi une histoire de clonage ayant mal tourné

Skyrim et le communautarisme.

 

Là encore difficile, il ne s'agit pas de considérer l'histoire dans son intégralité, trop complexe et longue, mais un point du background. Skyrim, 5ème opus des Elder Scrolls est un jeu de rôle à la première personne nous faisant évoluer dans le monde de Tamriel et plus particulièrement dans sa zone Nord, Bordeciel (Skyrim en anglais). A la différence des 4 premiers jeux, l'histoire ne se déroule plus dans l'ère 3ème mais 200 ans plus tard, dans la 4ème ère donc.

L'empire auquel votre personnage était traditionnellement lié a perdu de sa superbe, il est secrètement aux mains des thalmors (hauts-elfes). Ceci vont donc chercher à imposer leur vision raciste (ils seraient une race supérieure) et religieuse (ils sont les descendants des dieux et le panthéon n'en compte que 8.

Cette hégémonie va se traduire par des tensions culturelles : Talos le neuvième dieu du panthéon voit désormais son culte interdit par l'empereur (sous l'influence des Thalmors) car considéré comme une idole, un faux dieu, puisqu'il est d'origine humaine et non pas originellement divine comme les autres.

Cette décision va être très mal reçue en Bordeciel où Talos était très populaire puisque passant pour Nordique. De fait, des révoltes grondes et un groupe de Nordiques cherche à faire cessession avec l'Empire.

Une telle perspective est aujourd'hui très parlante pour un français qui peut se rendre compte que la laïcité est bien souvent utilisée par les différents groupes religieux pour imposer leur culture aux autres.

Il est beau mon Talos

Il est beau mon Talos

FF7 :  combat pour la Terre ou combat de la Terre ?

 

La question de l'environnement  est si importante dans Final Fantasy VII que l'on pourrait presque caractériser l'oeuvre comme une fable écologique. Le jeu nous plonge premièrement au sein d'un groupe de militants écologiques nommé Avalanche. Avalanche s'est fixé pour tâche immédiate de faire exploser les réacteurs Mako, des centrales qui pompent l'énergie de la Terre. Bien sûr, tout cela est interdit et très rapidement vous aller vous frotter aux forces de l'ordre et plus encore aux hommes de la Shinra, l'entreprise qui avidement épuise la Terre pour son profit.

Cette conception écologique du monde va se fonder sur un mélange de panthéisme et de métempsychose. La Terre (qui au passage est une autre planète que la nôtre) est vivante. Cette vie est matérialisée par la rivière de vie qui coule en son coeur - c'est en quelque sorte son âme - constituée d'énergie spirituelle. C'est cette énergie qui remontant à la surface alimente toute forme de vie. La mort se comprenant simplement comme le retour de l'énergie spirituelle au centre de la Terre jusqu'à ce que, à nouveau, elle revienne à la surface produire du vivant.

FF7 pose les jalons d'une métempsychose matérialiste. Mais en même temps cette métempsychose impose une certaine divinisation de la Nature et tout ce qui existe. Toute chose est sacrée d'une certaine manière car nous faisons en tout avec la Nature. Celle-ci est d'alleurs capable de sentir et de penser. Se sentant menacée elle réagira et pourra décider d'exterminer les hommes et toute forme de vie à la surface : faire une sorte de grand reboot. En cherchant à protéger la Terre, l'homme ne cherche-t-il pas d'abord à se protéger lui-même ?

 

Le chef d'oeuvre du J-RPG

Le chef d'oeuvre du J-RPG

En ponctionnant l'énergie spirituelle de la Terre, la Shinra la détériore et la transforme en énergie Mako. Elle détruit donc le cycle continuel de la vie. Alors, que les premiers hommes - les Cetras ou Anciens - vivaient en harmonie avec la terre et donc respectaient le cycle de l'énergie spirituelle, ils communiquaient avec la planète, l'homme moderne par la technique arrache l'énergie à la Terre et la menace sans la comprendre.

L''influence de Heidegger  dans la critique de la technique et de la modernité est donc ici explicite, si ce n'est que les Cetras furent des nomades et que la naissance des hommes s'est marquée de la sédentarisation (ce point demeure profondément antiheideggerien).

 

Midgar, symbole du progrès et de la destruction de la nature

Midgar, symbole du progrès et de la destruction de la nature

Il me faudra  certainement consacrer un article à FF7 tant il s'agit d'un chef d'oeuvre. Sur notre temps ce qu'il énonce reste radical. L'homme moderne se caractérise par une appéhension du monde assez singulière : l'univers serait un espace infini rempli de ressources qu'il faut découvrir. Une espèce de grande chasse au trésor. L'homme moderne n'est grand enfant.

Si le passage de l'enfance à l'âge adulte est au coeur du scénario, c'est en tant que FF7 cherche à rompre avec cette conception du monde pour nous livrer une nouvelle conscience où l'individu forme un tout avec le cosmos. C'est cette nouvelle conscience de l'humain et de la Nature, à l'origine de l'écologie, qui rentre en conflit avec l'esprit mercantile.

 

l'homme provoque la nature et lui somme de lui livrer son énergie.

l'homme provoque la nature et lui somme de lui livrer son énergie.

Publié dans Philo, critique, culture, zeitgeist

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Anonyme 03/01/2016 22:52

Très sympa, cet article!

MrChatNoir 03/01/2016 23:40

merci beaucoup !

Yann 31/12/2015 19:53

excellent article mrchatnoir

MrChatNoir 31/12/2015 23:43

Merci beaucoup !