Deux types de violence

Publié le par MrChatNoir

L'actu me rattrape. Je la fuis, tel le gardon devant le brochet, rien n'y fait. Elle sera toujours le point névralgique de mon blog, ce qui me pousse à flanquer, là, sur cette page numérique, mes soudaines élucubrations. On reste un être de son temps, faut pas se donner de faux airs. Oui mais voilà, l'air du temps est bien fausse, notamment en France. Vous voyez où je veux en venir ? Non ?! Aujourd'hui, la bien pensance ronflante de notre époque prétend combattre toute sorte d'injustice et de violence. Pourtant, lorsque c'est l'esclave qui se rebelle contre son maître, étrangement la répression s'abat sur la victime. Ici commence l'histoire tragique d' "Air France".

Tous à poil, c'est trop mode !

Tous à poil, c'est trop mode !

A la suite d'un comité central d'entreprise (CCE) de chez Air France, une manifestation faite en parallèle a légèrment mal tourné. Résultat 30 morts ! (Non je déconne, ça c'est la Palestine). Résultat : deux cadres, Xavier Broseta, directeur des ressources humaines, et Pierre Plissonnier, patron de l’activité long-courrier, ont été malmenés. Leurs chemises ont été déchirées. Bien sûr, il y a aussi eu des violences contre les vigiles qui ont protégé les deux raclures responsables de la compagnie aérienne. Mais n'est-ce pas les risques du métier ? A défendre le diable, ne doit-on pas se faire brûler ?

Le truc qui est génial dans cette affaire, c'est que cela a fait scandale ! Des employés ont été violents avec leurs futurs ex-employeurs. Il faut donc réprimer cet acte : Valls monte au créneau, Sarkozy s'envenime. Notre monde libéral ne s'est-il pas imposé par la prohibition progressive de toute forme de violence au sein de la société ? Civilité et respect ! Notre époque se veut étrangère à toute agressivité. Ce n'est sans doute pas pour rien que la police est une invention bourgeoise. Y contrevenir, pourfendre la "paix" sociale, c'est immanquablement détourner l'opprobe sur soi.

Cinq employés sont ainsi mis en examen pour acte de violence et autant dire déjà coupables aux yeux des dirigeants. "A nous de réprimander ces terroristes d'un autre genre !"

"Tiens voilà pour toi ! Je t'apprendrai à violenter les demoiselles moi !"

"Tiens voilà pour toi ! Je t'apprendrai à violenter les demoiselles moi !"

Sauf qu'il y a un vice dans la forme, un truc qui ne va pas dans le raisonnement, tellement pas que ça en devient grossier. C'est comme si notre époque décidait de revenir aux premiers âges du capitalisme, une sorte de mauvais chapitre de Germinal, et se voulait restaurer la répression du salariat mais à un stade où celui-ci, à défaut d'avoir goûté à l'embourgeoisement, en avait néanmoins reçu formation et sagesse.

Cette répression des manifestants est grossière, et personne n'en est dupe sinon peut-être nos dirigeants eux-mêmes. Mais qu'est-ce qui est grossier au fond dans cette histoire ?

La volonté d'effacer ce qui apparaît de plus en plus comme une injustice profonde : la violence exercée par les puissants sur leurs sujets. Violence du marché du travail sur les salariés, déjà dénoncée par Marx en son temps sous le concept d'accumulation primitive du capital.

Eh ouais gros, I'm Back !

Eh ouais gros, I'm Back !

Il est bien évident que la violence du salarié contre le menbre de la direction répondait à une violence que notre monde cache et cherche à taire. Une violence censurée parce qu'il ne peut la reconnaître comme tel sans changer radicalement de visage. Celle de l'esclavage moderne : l'individu est un salarié c'est-à-dire un homme qui vend son travail et donc toujours une part de lui-même, un certain usage de son corps à un employeur. Si l'on devait retenir une seule chose de la pensée marxiste, de sa profondeur, c'est que l'homme civilisé est une pute.

Certes se faire rosser n'est jamais plaisant et surement profondément humiliant, mais la violence infligée par une "restructuration" demeure incommensurablement supérieure à la simple rixe. Les quelques aides sociales de notre beau pays nous ont-elles fait oublier ceci : licencier un employé revient à atteler une famille à la question de sa subsistance. Les personnes dépendant de ce salaire sont-elles aussi plongées dans la marasme le plsu profond, un retour express au statut animal. Derrière chaque licenciement, il y a toujours potentiellement la mort d'un ensemble d'individus.

Drôle de nation que notre pays des droits de l'Homme, prêt à élever en haut crime une dispute syndicale et ignorer volontairement cette mise à mort que représente toujours les licenciements.

"mais vous allez me foutre la paix oui ?"

"mais vous allez me foutre la paix oui ?"

Cette "violence visible" de plus en plus présente en notre quotidien,  violence physique des banlieues ou du fond du bar, violence verbale des politiques ou des journalistes, violence morale des vols à la tire ou transgressions ordinaires, trouve la raison de son accroissement en cette violence invisble, toujours plus oppressante,  comme une réponse désespérée à un cataclysme irrémédiablement inattendu.

Mais toute époque n'a-t-elle pas été à sa façon dépositaire de cette violence invisible ? Violence même si effective et gage de souffrance, toujours non reconnue comme telle. D'aucuns diraient que la métaphysique en serait à chaque fois le témoignage le plus criant.

Publié dans zeitgeist, Philo, paysdemerde

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