The last of us, le "killer app" de la PS3 ?

Publié le par MrChatNoir

Parmi les nombreuses choses faites cet été, j'ai tout de même trouvé un temps un peu pour gamer. Alors, pas assez, certes... Mais ce n'est jamais comme on le souhaite n'est-ce pas ? J'ai donc réussi à finir ce qui passe pour l'un des Killer app' de la PS3 : The last of us. Mes impressions....

"Tu vois, faut tirer par là."

"Tu vois, faut tirer par là."

Drôle de " Killer app' " que celui-là en vérité ! Certes annoncé comme le meilleur jeu de la PS3, c'est en vérité d'une bien vieille console que The last of us vient auréoler la ludothèque. Sorti en juin 2013 ( la PS3 a alors 6 ans), le chef d'oeuvre arrive bien tard.  La ps4 paraîtra à peine quelques mois plus tard et comble de l'ironie, verra son portage débarquer pour juillet 2014. Sans doute le contexte global joua énormément dans la réception du jeu.

En effet, The last of us venait rafraîchir la ludothèque d'une génération de console "maudite" où les exclusivités - pourtant au coeur du processus d'achat et d'affiliation à une machine -  se comptaient sur les doigts de la main. Ni la 360 ni la ps3 n'avaient réellement su se parer de franchises décisives qui les auraient réellement démarquées l'une de l'autre. Les rares exclues souffraient même du syndrôme du clone : Halo se voyait opposer Resistance, Forza offrait un Gran Turismo à Microsoft et Gears of War pouvait se faire snober par Uncharted. A part quelques exeptions, posséder une 360 ou le 3ème opus de la playstation, quelle différence ?

La presse fut toutefois unanime pour affirmer que The last of us possèdait des qualités intrinsèques qui justifiaient cette place de messie.

"Ne te retourne pas, ne regarde pas en arrière ! Avance bordel !"

"Ne te retourne pas, ne regarde pas en arrière ! Avance bordel !"

Des qualités, le jeu en possède. Inutile de le nier, j'ai bien aimé The last of us. Ce que je lui conteste, c'est cette place dominante dans la ludothèque de Sony. Pour moi, The last of us n'est pas exempt de défauts qui nuisent à la suprématie du titre.

Tout d'abord, qu'est-ce que The last of Us ? Quel genre de jeu est-il ? Difficile de le classer. Que l'on ne s'y trompe pas, ceci est généralement signe de qualité. Un bon jeu  défait les codes et redéfinit les genres en mélangeant différents éléments de gameplay. Il me semble que l'oeuvre de Naughty Dogs,  si elle pioche ses inspirations dans plusieurs monuments de la sphère vidéoludique ne les transcende pas. Elle se contente de les juxtaposer. La chose reste si  patente que dès les premières heures de jeu l'on saisit que tout le gameplay s'articule autour de 3 phases.

Phase d'exploration (où il s'agit de ramasser le maximum d'objets), phase de réflexion (où il s'agit de résoudre des énigmes), phase d'action (où il faut combattre des ennemis). Tout le gameplay se résume en la succession de ces 3 phases. Et alors, me demanderez-vous ? En quoi est-ce un défaut ? Et bien, la mise en scène (musique, mouvements de camera) est telle que l'on sait immédiatement et indubitablement dans quelle phase nous nous trouvons. De ce côté là, aucune surprise. Résultat, on peut presque anticiper les phases. Rapidement, cet enchaînement a provoqué chez moi un sentiment de lassitude. Je m'attendais à ce qu'un autre élément de gameplay apparaisse, mais il n'en fut rien.

"Allez ! Cherche ! Cherche !"

"Allez ! Cherche ! Cherche !"

Aussi, le genre de The last of us n'est pas clair. Le jeu ne peut être qualifié de shooters puisque les phases d'action ne dominent franchement pas et que par ailleurs, il s'agit de privilégier l'infiltration à la bourrinade. J'ai, à ce sujet, réellement éprouvé du plaisir au combat lorsque j'ai découvert toute la puissance de l'arc. Dommage qu'il n'y ait pas plus d'armes d'infiltration à distance. Car se prendre pour Duke Nukem le roi des Badass, c'est rapidement recevoir une branlée. D'ailleurs, l'un des points forts du jeu reste l'IA des ennemis humains, à mon sens sous-exploitée.

Pour autant, il ne s'agit pas non plus d'un jeu de rôle (même si quelques éléments sont apportés ici ou là) ou de réflexion. Les critiques l'ont souvent qualifié de Survival. Ouais.... Appellation par dépit je trouve puisque vous n'avez pas de gestion de votre force vitale (faim, eau, sommeil, endurance) comme un Daggerfall ou un MGS 3 le faisaient, même si de manière différente et rudimentaire.

Cela peut paraître anecdotique, pourtant, je crois que ce cache là l'un des problèmes principaux du jeu. Si le jeu est Survival, c'est uniquement en ce qu'il demande au joueur de survivre à la difficulté opposée par les adversaires. Il s'agit d'avancer dans le jeu : très classqiuement avancer dans l'espace pour avancer dans l'histoire. Au fond, ça n'a absolument rien de la survie.

C'est par principe contre ce type de progression que les premiers survival horror (Alone in the dark, Resident evil, etc.) avaient opéré ! D'une part, une non-lionéarité essentielle : le joueur doit sans-cesse retourner sur ses pas, passer devant des zones fermées qu'il devra ouvrir, avoir accès à des zones facultatives etc. De l'autre, la confusion généralisée entre zone d'exploration et zone d'action. Il n'y a aps de délimitation ce qui fait que la menaceest bien omniprésente et le sentiment d'insécurité permanent. C'est de là que provient leur succès.

En délimitant clairement ces zones, The last of us retombe, il me semble, dans l'ennui. Du moins, en ressort un grand manque de surprise.

 

The last of us a le mérite d'ouvrir une réflexion sur la violence, le bien et le mal, l'adolescence et ses boutons...

The last of us a le mérite d'ouvrir une réflexion sur la violence, le bien et le mal, l'adolescence et ses boutons...

Et c'est là le troisième point qui m'a agassé : des mécanismes de gameplay old school et trop rigides. Il s'agit de trouver une planche ou une échelle, de la porter à deux à l'heure, et de la poser au bon endroit pour passer dessus. Liberté quasiment zero. Répétitivité absolue. Quelques QTE, je déteste cela....

Les personnages restent un peu "lourdos", un peu tro lent. Les mécanismes de couvertures durant les phases d'action pas assez fluides (Gears of War est sorti il y a au moins 5 ans). Ellie vous suit partout (normalement) et viendra même vous aider, ce qui, il faut l'avouer, est un très bon point (meme si parfois pas assez, et parfois trop). Le truc, c'est ue durant les phases d'infiltration, c'est votre personnage que els ennemis détectent et uniquement lui. Ils demeurent aveugles à votre partenaire qui peut apsser entre eux comme si rien n'était : manque de réalisme donc...

A noter que j'ai pris étrangement plus de plaisirs à affronter des humains que des "infectés" (le nom des zombies dans le jeu). Ceci demeurent finalement trop peu variés (3 sortes seulement) et surtout bien moins riches en patterns.  La fin de l'histoire vous confrontera davantage à des humains.... (Heureusement ?)

Certes, on n'est pas dans un shooter, ni dans un batman Arham asylum en phase infiltration mais quand même....

"T'as pas une gueule de porte bonheur !"

"T'as pas une gueule de porte bonheur !"

Allez, quatrième et dernier reproche, je sais, je suis méchant. Ce qui apsse pour être le point fort du jeu, la dimension inattaquable : l'histoire mais donc également la narration. Soyons honnête plus que le gameplay qui peut parfois devenir jubilatoire, c'est bien l'histoire qui vous prend aux tripes et vous force à poursuivre le jeu. Par expérience, ça c'est mauvais signe. Pas forcément un très mauvais signe, mais mauvais. Pour moi le genre, j'ai adoré le faire une fois, mais pas deux (et pour cause, on connait la fin).

Ce qui peut paraître paradoxal, c'est que j'ai pourtant bien aimé l'histoire. The last of us déploie un univers mature parce qu'il pousse le joueur dans ses derniers retranchement. Le jeu nous questionne, nous fait réfléchir sur des thèmes tabous ou existentiels: pédophilie, violence, canibalisme, enfance et adolescence, importance du lien familial, confiance en son prochain, confiance dans le gouvernement, raison scientifique, qu'est-ce qu'un être est en droit de faire par amour, qu'est-ce que la vérité? qu'est-ce qu'un être humain ?. Là dessus, top. !

Cependant, je n'ai pas accroché immédiatement à l'histoire. J'ai même mis dix heures avant de vraiment y succomber ! Pourquoi ? Parce que d'une part la narration est volontairement plus centrée sur la psychologie des personnages que sur l'intrigue autour des infectés, de l'armée  et des lucioles.. Or, Joel est vendu non pas comme un héros Badass mais comme un père de famille torturé, ayant surdéveloppé son instinct de survie. On met du temps à s'identifier à lui. Les scènes avec Ellie sont prenantes mais interviennent tardivement.

De l'autre, elle cherche sans cesse à livrer le joueur à des phases de contemplation. Elle peut se le permettre, le jeu demeure esthétiquement l'un de plus abouti de la ps3. Ces phases ont pour but de nous faire ressentir la solitude des personnages tout en même temps que de nous faire ressentir l'étrange beauté d'un monde où tout a foutu le camp. Elles réalisent aussi des pauses dans le scénario, resserrant l'investissment du joueur sur les personnages et l'univers. C'est clairement le mode de narration épousé par les séries américaines de ces quelques dernières années.Une narration intimiste qui prend son temps.

Le jeu fait 20 heures, j'ai accroché au scénario, c'est-à-dire aux personnagex, après 10 heures.... Mouais.... D 'ailleurs, ce scénario parlons-en. Je crois que c'est USUL qui avançait dans l'une de ses prestations qu'il faut arrrêter de faire comme-ci les scénarios videoludiques n'avaient pas la teneur ou évoluaient séparément des scénarios mis en scène par le cinéma ou la littérature. De fait, il s'agit de comparer les scénarios de jeux video à ce qui s'est déjà fait ailleurs.

 

Les phases de combat, une sorte de pacman vue TPS ?

Les phases de combat, une sorte de pacman vue TPS ?

Force est d'admettre que le "scenar" de l'oeuvre de Naughty Dog n'invente rien. Il pompe tout aux films de zombie de ces dernières années et surtout à The Walking Dead. Du déjà vu. Le tout reste bon mais sans surprise. Et donc difficile à partir de là, pour moi en tous cas, de parler de chef d'oeuvre.

Mais dernières impressions furent malgré ces quatre grands reproches positives m'ont laissé me questionner sur le cas Joel et la cohérence globale du personnage. Tout le but du jeu consiste à créer une immersion dans un univers "réaliste" porté par des personnages avant tout réalistes. Même les zombies ont une existence rationnelle et répondent d'une théorie enviseageable d'un point de vue scientifique. Joel demeure une figure consacrée par le cinéma contemporain, celui du héros post-moderne, du héros humain, c'est-à-dire non seulement vulnérable mais surtout emprunt de défauts moraux voire de vices. Un anti-héros en quelque sorte.

Sauf que cet anti-héros qui est censé peiner à survivre aura massacrer quelques centaines d'individus avant la fin dun jeu, et ce, sans trop transpirer. Joel peut être ainsi pensé comme le héros badass des jeux vidéos qui s'essayent malgré lui à la posture du héros érinté du cinéma moderne.

Et vous ne pouvez guère me rétorquer que je me pose trop de questions, pour une fois c'est le jeu qui y invite.

"Putain, ce que je me fais chier !!!"

"Putain, ce que je me fais chier !!!"

Publié dans jeuxvideo, critique, culture

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Commenter cet article

survivor 17/11/2015 22:25

J’ai beaucoup aimé The Last Of Us et j’espère que le créateur songera à donner une suite à ce phénomène vidéoludique.