Le zombie. L'ennemi parfait du jeu video ?

Publié le par MrChatNoir

Mes propos font ici suite à un bon article de jeu video.com qui abordait la question des zombies dans les jeux video, et particulièrement de savoir s'il s'agissait d'une mode. Aussi, je vous conseille préalablement de lire cet article. Cette question, assez passionante, me dérange beaucoup, en voici les raisons.

Le zombie. L'ennemi parfait du jeu video ?

Les zombies dans les jeux vidéo sont-ils une simple mode ? A la question je serais tenté de dire oui. Toutefois, l'idée de "mode" laisse entendre non seulement que ce mariage du videoludique et du mort-vivant ne durerait pas longtemps, mais également qu'il serait immotivé, sans pourquoi. C'est la mode, ça vient et ça va. Or, et vous l'avez compris c'est bien cela qui me dérange, dès qu'on analyse la question on peut se rendre compte que de lourdes raisons président à cette union. Le zombie incarnerait d'une certaine manière l'ennemi parfait dans le monde du jeu video.

 

Le zombie. L'ennemi parfait du jeu video ?

En effet, l'article cité avance 4 raisons qui expliqueraient cette mode : 1 le mutisme, 2 le design, 3 la morale, 4 l'IA. Je suis assez d'accord avec l'auteur. Je regroupe les causes 1, 2 et 4 ensemble, et nomme ce regroupement facilité de développement. Je sépare ainsi la cause n°2 qui pour moi est très importante. Je la nomme compromis moral.

Le zombie incarnerait aujourd'hui l'ennemi parfait en raison du discours acteullement adopté  sur le jeu video. Pour les médias, le jeu video serait une entité dangereuse (sans doute aprce qu'ils n'ont aucun contrôle sur lui) qui véhiculerait des valeurs nuisibles à la société et notamment promouverait la violence. Je pense que les développeurs ont intériorisé - consciemment ou non -  ce discours dominant. La solution trouvée pour continuer à faire des jeux video sans tomber sous se réduire au stéréotype. Deux solutions : ou biern faire des jeux video sans violence effective mais c'est aussi prendre le risque de perdre un pûblic qui recherche les sensations et le grand défouloir à travers le vertige d'une violence par procuration. Ou bien trouver un compromis moral : c'est ce qu'offre le zombie !

En effet, le jeu video a le pouvoir d'aborder ce que l'on pourrait appeler le paradoxe du mort-vivant. Il me faudrait un article entier pour en parler et ici ce n'est aps la question. Mais disons, pour faire simple, qu'outre les très nombreuses dimensions que met en jeu le mort-vivant, il peut se comprendre comme la représentation du problème que pose le concept philosophique de vie. Si la vie est ce qui s'oppose à la mort, si la mort est ce qui limite la vie, alors parler d evie après la mort devrait être un non-sens. A moins de concevoir différents types de vie dont la séparation serait la mort. Mais la mort est-elle vraiment la mort à ce moment ?

Le zombie. L'ennemi parfait du jeu video ?

Bref, vous l'aurez compris, tuer un zombie, est-ce vraiment de la violence ? Pas vraiment puisqu'on s'attaque à une chose qui normalement ne devrait pas exister. On est agressif contre du non-sens, de l'absurde et donc notre lutte peut s'interpréter comme légitime. Le zombie devient un compromis moral voire même le piège que les développeurs ont tendu à la société: le joueur peut s'adonner à de la violence sans que celle-ci soit facilement concevable comme telle. Bien sûr, tout le monde peut se rendre compte que c'est de la violence mais à une échelle pourtant moindre que s'il s'agissait d'un jeu de guerre où des humains sont les cibles. Le paradoxe c'est que le sang peut y couler dix fois plus....

Un pâradoxe en appelant un autre, il est fort probable que les développeurs se soient pris à leur propre piège ! En effet, la facilité de développement légitimise le peu de travail que les créateurs ont a effectué aussi bien sur l'IA pourtant à mon sens aujourd'hui au coeur de l'expérience de jeu que sur les scénarios ( tous les jeux ne sont pas Dark souls).

Le zombie, l'ennemi parfait pour une société qui hait le jeu video. Une couverture idéale pour légitimer une violence qui hélas- avec ous ans les jeux video - n'est que trop présente dans notre monde. Bref, tant que cette véhémence existera contre l'univers videoludique, le zombie aura des chances de règner . Celui-ci est finalement au jeu video ce que le jeu video est à  la société : son bouc émissaire.

Publié dans Philo, jeuxvideo, zeitgeist

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Loïc 20/04/2015 01:10

zombi v1 & v2
Il me semble qu'ici on fait d'avantage référence à la nouvelle génération de zombie. La première apparition de zombies étaient le fruit d'un retour du mort à la vie par une forme chamanisme, magie noir ou autre satanisme et la deuxième étant une créature issue d'une mutation humaine lié à une expérience qui aurait mal tournée.

Zombi un ennemie universel ?
Le Zombi à l'avantage d'éliminer toute assimilation par rapport aux ennemies passés et actuels comme les nazis ou les terroristes qui malgré le manque apparent d'humanisme restent humains. La barrière avec l'humain ou le vivant plus précisément, est peut être moins grande avec la nouvelle génération de zombies qu'avec la précédente car là il y a une transformation d'un vivant en non-vivant avec tout ce que cela implique la perte progressive ( ou pas ) d'humanité ( transformation qui peut s'opérer sous notre propre yeux ). La question de ce qui nous définie en tant que vivant n'est donc jamais loin. Cet être est il encore dans la raison ou a t il perdu toute raison. La zombification des ennemies est peut être aussi importante du fait qu'elle nous renvoie au problème de l'homme dieu. L'homme qui au travers d'un désir de contrôle de la nature et de la vie en vient à créer une entité qui causera sa perte. On retrouve d'ailleurs cette thématique dans notre rapport à la machine et l'intelligence artificielle, jusqu'où doit aller la machine ? jusqu'où aurions nous le contrôle sur elle ? comment l'arrêter. Ce parallèle nous renvoie d'un coté à une forme d'animalité pour le zombie et à une forme d'intelligence pour la machine.

"S’il peut saigner, on peut le tuer."
Parler de la vie après la mort est effectivement un non sens quand on fait référence à l'âme, la conscience ou encore la raison. Dans la version des zombie issues de l'occulte on pouvait comprendre pourquoi la masse corporelle se mettait en mouvement mais dans le cadre des nouveaux zombies c'est effectivement un paradoxe car l'animalité et la motricité d'un tel corps ne s'explique ni par l'occulte ni par un fonctionnement biologique.

MrChatNoir 20/04/2015 10:04

La deuxième génération de zombie, celle qui répond d'une explication scientifique voit donc la frontière entre l'humain et le non-humain diminuer. Techniquement ils sont encore en vie. Oui tu as raison, le zombie est également un outil pour penser l'humain, un objet qui permet de se questionner sur la nature humaine. On aurait alors une forme de vie qui garde une certaine apparence humaine mais qui pourtant peut difficilement être qualifié d'humain car ayant perdu radicalement toute raison. Le zombie, grand défenseur de la thèse de l'animal rationnel !

Yann 19/04/2015 21:31

Le zombie comme cible politiquement correcte, pourquoi pas. Mais s'il trouve un écho certain dans les jeux video (et pas seulement), c'est parce qu'il est aussi le symbole de notre propre mortalité. La mort froide, implacable marche vers nous et, à travers le zombie, on peut évoquer la peur de la maladie et la dégénérescence du corps( thème idéal dans une société obsédée par l'apparence): le zombie nous ressemble et, en ce sens, est une caricature de l'homme. C'est donc parce qu'il est le miroir de la société que le zombie a de l'avenir. Je pense qu'il continuera à fasciner et à proliférer dans la pop culture parce qu'il est ce que l'on ne veut pas voir. Ce qui n'est pas donné à n'importe quelle bestiole. Les aliens ou les démons puisent avant tout dans notre méfiance à l'égard de l'autre.

MrChatNoir 19/04/2015 22:40

Ok ! Oui nous sommes d'accord, il réalise le fantasme de tuer sans se sentir coupable d'un meurtre.

Yann 19/04/2015 22:09

Justement, c'est parce que le mort vivant agit comme un miroir déformant dont le rôle principal est de nous prouver que le vrai monstre, celui qui contrefait sa propre humanité, c'est le survivant. Un thème bien mis en avant dans "The walking dead" (le comics, pas la série). L'idée de la mort, qui nous gène tant, trouve, avec le mort vivant, un échappatoire: tuer sans se soucier, un fantasme que le zombie permet de refouler. Pourtant, je pense que le zombie nous oblige regarder notre mort en face. En effet, en tuant le zombie on s'attaque à l'idée de la mort, mais loin de l'effacer, on prend conscience de notre vulnérabilité, justement parce que le mort vivant nous y renvoie sans cesse.

MrChatNoir 19/04/2015 21:45

Tu veux dire que le zombie, parce que représentant la mort de manière réaliste et crue montrerait ce que notre société refuse d'admettre, ce qu'elle cherche à cacher. Idée vraiment intéressante. Mais alors en tuant un zombie est-ce qu'on ne tue pas la mort ? Est-ce qu'on n'efface pas à nouveau cette image horrible et gênante pour notre société?